Extraits de l'oeuvre


Vegetaciones

A las tierras sin nombres y sin números
bajaba el viento desde otros dominios,
traía la lluvia hilos celestes,
y el dios de los altares impregnados
devolvía las flores y las vidas.

En la fertilidad crecía el tiempo.

El jacarandá elevaba espuma
hecha de resplandores transmarinos,
la araucaria de lanzas erizadas
era la magnitud contra la nieve,
el primordial árbol caoba
desde su copa destilaba sangre,
y al Sur de los alerces,
el árbol trueno, el árbol rojo,
el árbol de la espina, el árbol madre,
el ceibo bermellón, el árbol caucho,
eran volumen terrenal, sonido,
eran territoriales existencias.

Un nuevo aroma propagado
llenaba, por los intersticios
de la tierra, las respiraciones
convertidas en humo y fragancia:
el tabaco silvestre alzaba
su rosal de aire imaginario.
Végétations

Sur les terres sans noms et sans chiffres,
Le vent descendait d’autres domaines,
La pluie tissait des cordons célestes
Et le Dieu des autels gorgés d’eau
Engendrait les fleurs et les vies.

Dans la fertilité croissait le temps.

Le jacaranda s’élevait en une écume
De chatoiements bleu marine.
L’araucaria hérissé de lances
Étalait sa majesté devant la neige.
L’arbre primordial, l’acajou,
Distillait du sang du haut de ses branches ;
Et au sud des mélèzes,
L’arbre tonnerre, l’arbre rouge,
L’arbre épineux, l’arbre matrice,
Le flamboyant vermillon, l’arbre caoutchouc,
Tous étaient le volume de la terre,
La parole de la terre, l’essence de la terre.

Un nouveau parfum propagé
Emplissait, par les interstices
De la terre, haleines et souffles
Mués en arômes et en fumée :
Le tabac sylvestre dressait
son rosier d’air imaginaire.